Les Agents de Contraste pour l’Imagerie Moléculaire

 

Principe de l'imagerie de résonance magnétique (IRM)

 

L'imagerie de résonance magnétique est une méthode non invasive qui, dans le contexte médical, permet d'identifier et de caractériser les tissus pathologiques et les lésions. Le principe de cette technique est basé sur l'application de gradients de champ magnétique dans les trois directions de l'espace lors d’une expérience de résonance magnétique nucléaire (RMN). L'image qui résulte de cet encodage spatial des noyaux (en général, les noyaux d'hydrogène de l’eau et des graisses) est constituée d'éléments « pixels», dont les niveaux de gris représentent l'intensité du signal émis par l'élément de volume correspondant. Le signal dépend de la concentration locale en proton et de leur cinétique de relaxation caractérisée par des temps de relaxation T1 et T2. Les processus de relaxation des protons des molécules d'eau dépendent de leur environnement et de leur dynamique et varient donc selon les tissus. Des modulations de l'intensité de l'image sont attendues selon la nature tissulaire des différents organes.

 

 

Figure 1 : Imageur RMN hospitalier

 

 

Le choix judicieux des paramètres instrumentaux permet d’optimiser le contraste mais pour élaborer un diagnostic médical rapide et précis, des agents de contraste facilitant la distinction entre les tissus sains et pathologiques sont utilisés. Ces substances doivent être non toxiques, biocompatibles et efficaces à faible dose (typiquement, 100 µmoles par kg de poids corporel). Leur rôle est de « catalyser » la relaxation nucléaire. Le contraste peut être rehaussé par l'accélération des deux phénomènes gouvernant la relaxation des protons: celle de la relaxation longitudinale augmente l’intensité du signal (agent positif, effet T1) et celle de la relaxation transverse T2 diminue l’intensité du signal (agent négatif, effet T2) (figure 2).

 

 

 

Les agents de contraste

 

La propriété essentielle des substances de contraste est leur « relaxivité » qui est définie comme la contribution qu’elles apportent à la concentration de 1 mM à la vitesse de relaxation des protons de l’eau (s-1mmol l-1).

 

                                                                          a

                                                                    

                                                      

b

 

Figure 2: Images avant et après administration d’un agent de contraste positif (a) (ref : « L’imagerie par Résonance Magnétique », A. Alaux, éditions Sauramp Médical (1994)) et négatif (b)

 

 

Les composés paramagnétiques:

 

Ce sont notamment l’oxygène, les nitroxydes, les métaux de transition et les lanthanides(III). Ils possèdent un ou plusieurs électrons libres dont le moment magnétique est 657 fois plus grand que celui du proton. Le gadolinium(III) qui présente d’excellentes propriétés électroniques (7 électrons non appariés) est cependant très toxique sous sa forme hydratée [Gd(H2O)8]3+ car, in vivo, il entre en compétition avec les ions calcium. Sa complexation avec un ligand organique réduit considérablement sa toxicité sans neutraliser sa relaxivité. Les premiers complexes de gadolinium apparus sur le marché sont le Magnevist® (Gd-DTPA) et le Dotarem® (Gd-DOTA). Ces composés, de charge globale négative, sont accompagnés de leurs contre-ions, ce qui augmente l’osmolalité des solutions injectées. Deux autres complexes “neutres” ont ultérieurement été produits, l’Omniscan® (Gd-DTPA-BMA) et le Prohance® (Gd-HP-DO3A). Ces 4 complexes paramagnétiques (figure 3), administrés à la dose de 0.1 mmole/kg de poids corporel sous forme d’une solution aqueuse de concentration 0.5 M, se distribuent dans l’espace extracellulaire, ne présentent pas de spécificité tissulaire et sont excrétés très rapidement par voie rénale.

Dans le cerveau, les produits s’accumulent là où, comme dans les tumeurs, une rupture de la barrière hématoencéphalique s’est produite. Ces agents se comportent comme des agents de contraste positifs (figure 2a)

 

Gd-DTPA

(Magnevist®)

 

Gd-DTPA-BMA

(Omniscan®)

 

Gd-DOTA

(Dotarem®)

 

Gd-HP-DO3A

(ProHance®)

 

Figure 3: Structure d’agents de contraste paramagnétiques commerciaux

 

 

Les composés superparamagnétiques

 

La seconde catégorie d’agent de contraste est celle des particules superparamagnétiques, qui sont constituées de cristaux d’oxyde de fer nanométriques protégés par une couverture « stérique » destinée à empêcher leur agglomération (figure 4). On distingue les SPIO (Small Particles of Iron Oxide) dont le diamètre global est supérieur à 50 nm et les USPIO (Ultrasmall Particles of Iron Oxide) dont le diamètre se situe entre 10-50 nm. Ces particules affectent de manière prépondérante la relaxation transverse des protons de l'eau et agissent donc en tant qu'agents de contraste négatifs. Après injection intraveineuse, les SPIO sont captées par les cellules du système réticulo-endothélial de la rate et du foie. Elles induisent une diminution du signal dans ces organes et sont généralement utilisées pour la détection des tumeurs hépatiques qui contrairement au tissu sain ne captent pas les particules (figure 2b). Les USPIO échappent aux cellules du système réticulo-endothélial et ont donc un temps de rémanence vasculaire plus élevé.

 

 

Figure 4: Structure d’une nanoparticule superparamagnétique

 

 

Caractérisation physico-chimique des agents de contraste

 

Les complexes paramagnétiques

L'optimisation de l'efficacité des complexes paramagnétiques requiert la maîtrise des paramètres décrivant les interactions innersphere (figure 5) et outersphere (figure 6) (8 paramètres: tM, q, tR, D, r, d, tV, tS0).

 

 

Figure 5: Représentation schématique du mécanisme de relaxation innersphere

 

 

 

Figure 6: Représentation schématique du mécanisme outersphere

La stratégie d'estimation simultanée de tous ces paramètres est le lissage des courbes de dispersion de la relaxation (courbes NMRD, Nuclear Magnetic Relaxation Dispersion) à l'aide des modèles théoriques. Ces profils représentant la relaxivité  de l'agent en fonction du champ magnétique sont obtenus à l'aide de spectromètres RMN conventionnels travaillant à champs fixes et d'appareillages dédiés, appelés relaxomètres à champs cyclés couvrant une large gamme de champ magnétique. Les courbes obtenues sont caractéristiques de l'agent de contraste (figure 7). Compte tenu du nombre élevé de paramètres, leur estimation par cette seule technique est parfois ambiguë et la détermination de certains paramètres par des méthodes alternatives et indépendantes s'avère nécessaire. On a alors recours notamment à la RMN de l'oxygène-17 pour la mesure du temps d'échange tM et du nombre de molécules d'eau dans la première sphère de coordination (q), à la RMN du deutérium pour la détermination du temps de correlation rotationnel tR ou encore à la résonance paramagnétique électronique pour l’estimation des temps de relaxation électronique.

 

 

Figure 7: Profil NMRD du Gd-DTPA à 37°C.

 

 

 

Les composés superparamagnétiques

 

Les nanoparticules d’oxyde de fer possèdent des moments magnétiques très élevés en raison du nombre d'ions paramagnétiques qui les composent et de leur effet de coopérativité magnétique. Leur relaxation est majoritairement de type outersphere. Ces agents de contraste sont essentiellement caractérisés par les courbes NMRD, les mesures de magnétométrie, les spectres Mössbauer et les mesures des tailles hydrodynamiques obtenues par spectroscopie de corrélation photonique (PCS).

Le lissage des profils NMRD (figure 8) à l'aide des modèles théoriques adéquats permet de déduire la taille du cristal, l’aimantation spécifique et l'ordre de grandeur du temps de relaxation de Néel qui est une sorte d'analogue du temps de relaxation électronique des ions paramagnétiques des complexes de Gd.

 

Figure 8: Exemple de profil NMRD d’une solution colloïdale d’oxyde de fer.

 

 

Développements actuels et futurs

Les recherches actuelles visent à une optimisation de l'efficacité et de la spécificité des agents de contraste qu'ils soient paramagnétiques ou superparamagnétiques. Ainsi, l’addition de groupements sur le squelette du Gd-DTPA a permis d’augmenter le tropisme tissulaire. Par exemple, le Primavist® (Gd-EOB-DTPA), qui possède un substituant éthoxybenzyle, cible les hépatocytes (figure 9).

 

Figure 9: Structure du Primavist® (Gd-EOB-DTPA)

 

Afin d'augmenter la rémanence vasculaire, les complexes gadoliniés ont été couplés de manière covalente à des macromolécules telles que l’albumine sérique humaine (HSA), des polysaccharides (dextran), ou des polymères synthétiques (polylysine, polyéthylèneglycol, dendrimères, …). Cette stratégie permet non seulement de ralentir l'excrétion rénale de l'agent de contraste mais aussi de rehausser son efficacité grâce à la réduction de la mobilité moléculaire. Une approche alternative consiste à envisager une interaction non-covalente avec la HSA. Dans ce cas, des groupements aryles par exemple sont greffés sur l’agent de contraste qui est dès lors capable d'interagir avec les sites hydrophobes de la protéine.

L'inclusion des complexes paramagnétiques à des liposomes et des micelles, mimétiques des structures cellulaires sanguines a également été réalisée en vue d'augmenter la rémanence vasculaire.

La conception d'agents de contraste dits “intelligents”, dont l'efficacité est modulée par l’environnement biologique (présence d’enzymes, pO2, pH, ..) fait également l'objet de recherches actuelles. Ainsi, des agents de contraste "pH-spécifiques" qui développent leur effet au voisinage de tumeurs dont le pH est proche de ~6.8, alors que le milieu extra-cellulaire sain présente un pH de 7.4, ont été synthétisés.

Les études de pointe s'orientent aujourd’hui vers l'imagerie moléculaire dont la stratégie repose sur la reconnaissance de structures moléculaires spécifiques de pathologies. A cette fin, le vecteur est greffé au "contrastophore", particule superparamagnétique ou complexe paramagnétique.    

 

Conclusions

L’imagerie médicale qui joue un rôle central dans la médecine actuelle se trouve à l'interface de plusieurs disciplines scientifiques. L'IRM possède des atouts incontestables: rapidité et inocuité de l'examen qui fournit des images de résolutions submillimétriques. La méthode souffre par contre d'une sensibilité assez faible qui nécessite aujourd'hui l'administration de doses d'agents de contraste incontestablement plus élevées qu'en médecine nucléaire. Le défi présenté aux chimistes est donc d'augmenter la relaxivité de leurs "contrastophores".

 

 

Personnes de contact : Sophie Laurent, Luce Vander Elst, Robert N. Muller

Laboratoire de RMN et d'Imagerie Moléculaire,

Département de Chimie Organique et Biomédicale,

http://www.umh.ac.be/~nmrlab/